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Marjolaine Beauchamp

Comment parler de la slameuse Marjolaine Beauchamp? On veut lui emprunter la cadence de ses scansions, la fougue de ses vers et la force de ses métaphores. Car la présence artistique de Marjolaine est magnétique. Qu’on soit au Troquet, devant un verre distrait, un soir de slam-poésie, ou chez soi, un dimanche matin, en errant paresseusement sur YouTube en pyjama et en pantoufles, les prestations réelles ou vidéo de Marjolaine secouent et éveillent illico. Ses slams aux inflexions quasi hypnotiques expulsent n’importe qui de sa zone de confort. 

Artiste de la parole, Marjolaine Beauchamp est l’une des figures marquantes du slam québécois contemporain. Elle débute au sein du SlamOutaouais, ce collectif fondé par le poète Pierre Cadieu dont la vocation socioculturelle est de promouvoir auprès du grand public l’expression poétique, la langue française québécoise et les artistes de la parole d’ici.

 

 

Puis, Marjolaine Beauchamp connaît une ascension fulgurante. Anonyme jusqu’alors dans le milieu littéraire, elle remporte en 2008 la troisième place lors de la finale de la Ligue québécoise du slam. En 2009, Marjolaine Beauchamp est la lauréate du Grand Slam national de poésie, ce qui l’érige au rang de championne québécoise du slam. En 2010, elle fait la gloire de l’Outaouais et du Québec sur la scène internationale, en remportant la deuxième place de la Coupe mondiale de slam en France, celle-ci réunissant des slameurs de 18 pays.

À l’automne 2010, Marjolaine Beauchamp publie, aux éditions de l’Écrou, Aux Plexus, son premier recueil de poésie qui se voit décerner le prix Jacques Poirier du Salon du livre de l'Outaouais, bénéficie d'une couverture médiatique exceptionnelle et est étudié dans deux programmes de littérature au niveau collégial. En 2011 elle écrit un spectacle hybride, Taram, qui allie la performance poétique avec le jeu, le conte, la vidéo et la musique. Le spectacle, réalisé avec le concours des artistes de la relève, est racheté et reproduit par Le Théâtre du Trillium en 2012. Il est diffusé à Montréal en 2013 au Théâtre La Chapelle/Scènes contemporaines.  

Le Conseil régional de la culture de l’Outaouais salue à deux reprises Marjolaine Beauchamp comme une créatrice dont les œuvres contribuent au rayonnement culturel de l’Outaouais. En 2009, elle est la gagnante du Prix de la Relève des Culturiades, un Gala d’excellence annuel organisé par le Conseil régional de la culture de l'Outaouais. En 2010, elle remporte, au même événement, le Prix Régions Outaouais.

Rappelons qu’à partir des années 1980 le slam apparaît comme une réaction à une vision élitiste de la poésie et comme un mouvement du renouveau poétique s’exprimant par une démocratisation de l’art déclamatoire. Le plus souvent, le slam s’épanouit lors de tournois, coordonnés par un maître de cérémonie, pendant lesquels s’affrontent tous ceux qui ont quelque chose à dire, l’une des règles de base étant le non-usage de la musique. Traditionnellement, les scènes de slam sont organisées dans des endroits insolites tels les hôpitaux, les librairies ou les bureaux de poste. La beauté du slam réside dans son éclectisme car il est conçu pour accueillir une grande diversité de types artistiques, de styles et de sensibilités oratoires : des rappeurs engagés aux « matantes drôles », en passant par le « petit comique », le « torturé » ou un « pilier de bar » désireux de s’amuser.

En vif-argent et à fleur de peau, Marjolaine Beauchamp met en valeur toute l’expressivité, la couleur et les possibilités poétiques du parler québécois actuel. Sa poésie s’inscrit, par l’usage du joual, dans une tradition québécoise de la poétisation du langage populaire, formée, entre autres, par Jean Narrache, ce pharmacien du milieu du XXe siècle qui disait dans ses vers la vie urbaine des prolétaires canadiens-français. Le type de slam qu’elle propose donne voix à une certaine jeunesse québécoise « en lambeaux » et « avec des cernes sous les yeux », celle qui « se cherche » sans se trouver, celle qui a soif de sublime mais sombre dans la déchéance, celle qui étouffe son mal de vivre dans la drogue ou dans l’errance.

« Lendemains tête dans l’cul à recoller / Les petits morceaux de l’ascension / La course au ciel d’une femme-canon / Un lendemain de soleil /  Qui se lève / En s’excusant pour hier / En s’excusant d’être lendemain de veille » (Cocaïne, Aux plexus, 2010)  

« J’étais grise / Puis je partais / C’était l’alcool / C’était février / Qui grattait su’l tableau » (Salon du livre de Gatineau, Aux plexus, 2010)

 

 

L’école, avec son didactisme, n’arrive pas à répondre à l’urgence des questions de cette jeunesse sur comment il faut vivre et, des fois, pourquoi il faut vivre.

« En cercle d’amitié / Sur nos chaises inconfortables / On se racontait la douleur / Qu’on scrapbookait dans nos cartables / Le théorème de Pythagore / Savait pas expliquer le noir / Tout partout qui bavait / Nous on séchait le secondaire ». (Le dortoir des princesses, Aux plexus, 2010)

Marjolaine Beauchamp parle au féminin du besoin de mettre à l’épreuve son instinct d’autodestruction et du désir d’un face-à-face avec la mort.

 

« C’était Noël pour tout le monde / Les heures passaient / Puis ça sentait / La Glade à la cannelle / 17 ans en jeans trop tight / J’filais croche / *** / Quand la peau déchirait / Ça s’ouvrait comme un cadeau / Elle roulait sur elle-même / Frisottis de ruban / C’était pas pour mourir / C’était mes vœux / Pour l’année à venir » (Cannelle festive, Aux plexus, 2010) 

Dans les poèmes de Marjolaine, la mort côtoie de très près l’amour. L’amour sensuel est pour la jeune slameuse une petite mort qui aide à oublier et à s’enfuir temporairement et honteusement « de sa tête ».

« En bloc de ciment qui arrête la course / Le désir en gros ours puant / Tu vas te souiller les mains, c’est grisant / Le désir d’être ailleurs maintenant / Le désir qui t’embarque pas longtemps mais ben fort / Le désir matamore / En dans l’cul matrimonial / Le désir animal animé, anémique / « Du pain des jeux du désir et du fric » » (Fast food, Aux plexus, 2010)

Marjolaine parle d’une femme qui n’a pas froid aux yeux et qui fait de son corps et de sa conscience un champ de bataille sur lequel s’affrontent le sexe, l’amour, l’instinct d’autodestruction, la maternité, la parole et la poésie aussi.

Héroïque, Marjolaine réhabilite la marginalité. Sa parole transforme le noir désespoir en dignité, la souffrance en volupté et la mort en création.

Lisez-la, écoutez-la, si vous n’en voulez plus du cocon, du coton, du mouton… en vous !

 


Texte de Victoria Raileanu.

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Dernière mise à jour : 17 octobre 2018
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