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Didier Farré

Didier Farré est la personne derrière le Festival du film de l’Outaouais, cet évènement tellement attendu et qui égaie nos interminables mois de mars. En 2013, le FFO célèbre 15 ans d’existence … quinze printemps de présence dans le paysage culturel de l’Outaouais. Cette année, il se tient du 22 au 29 mars 2013 dans plusieurs salles des secteurs Gatineau et Aylmer.

À l’origine un festival de cinéma francophone, le FFO s’ouvre de plus en plus aux films de différents horizons culturels, offrant ainsi la possibilité aux gens de la région de voir un cinéma différent et varié. Le grand mérite du FFO est de présenter au public de l’Outaouais, région frontalière du Canada anglais saturée de productions américaines, des films de répertoire qui souvent ne sont pas distribués en Amérique du Nord ou ne le sont que très peu. Aujourd’hui le FFO accueille chaque année plus de 15 000 cinéphiles. Des ateliers, de classes de maître et des projections scolaires dans les MRC font partie du foisonnant programme du FFO.

Or, avant le festival, fut la Nuit des cinéphiles dont les spectateurs gatinois se souviennent encore sans doute. En 1998, Didier Farré fait projeter 23 films au Cinéma 9 pendant 24 heures d’affilée. La Nuit des cinéphiles jouit d’un succès tel que, peu de temps après, l’idée d’un festival fait son chemin toute seule. Grâce à la contribution de généreux commanditaires tels Via Rail, le FFO connaît des débuts épiques, un train festivalier accueillant les journalistes, les invités et les cinéphiles et leur offrant d’innombrables agréments culinaires et culturels. En véritable nabab de cinéma, Didier Farré est loin d’être dépourvu de classe.

Visionnant d’année en année les films de la riche programmation du FFO, on a envie de mieux connaître l’artisan de cette véritable fête du cinéma d’auteur. Qui est Didier Farré, ce sympathique personnage polisson aux yeux rieurs? Et quel vécu a façonné son regard cinéphile qu’il tient tant à partager avec les autres? Au terme d’une brève incursion dans la vie de Didier Farré, nous avons recueilli pour nos lecteurs quelques épisodes de son parcours biographique non linéaire.

 

Ici, à gauche, à côté de l’acteur Jean-Louis Trintignant.

Didier Farré connaît dans les années 1950 une enfance épanouie dans la banlieue parisienne dénommée la Ceinture Rouge. Dans ce regroupement de municipalités gérées par des maires de mouvance communiste, il fréquente des maisons de la culture qui donnent aux jeunes banlieusards la possibilité de prendre gratuitement des cours de dessin, de musique ou de théâtre.

Ouvrons une parenthèse pour dire que Didier Farré garde des souvenirs des plus savoureux de cette période de sa vie. Aujourd’hui, il rêve d’une « maison de la culture » pour les jeunes de l’Outaouais, une maison où ils auraient un accès quasi illimité à l’art.

C’est dans une maison de la culture que Didier Farré visionne pour la première fois quelques films marquants de l’histoire du cinéma mondial tels La grève de Sergueï Eisenstein ou La Mère de Vsevolod Poudovkine. Ce sont ces premières rencontres qui lui inspirent l’idée de suivre des études de cinéma au Conservatoire du cinéma à Paris.

Devenu dans la jeune vingtaine soixante-huitard rebelle, Didier Farré est pris d’aversion pour l’esprit hiérarchique régnant dans une France encore trop conservatrice, avec les inégalités régissant son ordre social. Il décide alors de lever l’ancre. « Je voyais bien, dit-il en se souvenant de cette période de sa vie, que même les représentants de la Nouvelle Vague provenaient pour la plupart des couches aisées de la société. En enfant de prolos, je n’avais guère espoir de percer le milieu cinématographique français, bien trop élitiste à cette époque ». 

Didier Farré quitte au début pour la Grande-Bretagne où, vivant en hippie mélomane, il se balade de concert en concert sur les rythmes de Jimmy Hendrix ou Janis Joplin. Assoiffé d’aventure et d’expérience, il débarque en 1969 au Québec. Très rapidement, en 1972, il devient le directeur des acquissions de films au Canada de la compagnie France-Film.

 

En avant-plan, en dialogue avec Gérard Depardieu.

Depuis, Didier Farré trace des ponts entre les cinématographies européennes et l’Amérique, tantôt faisant de la distribution de films, tantôt se lançant dans la production. Il développe rapidement un riche réseau de gens qui travaillent dans le monde du cinéma aux Amériques et en Europe. Ce réseau lui permet d’être au courant du marché des films, de projets en préparation et d’occasions de bons investissements cinématographiques. Il est, entre autres, le distributeur canadien de films comme Il était une fois en Amérique de Sergio Leone et Le grand bleu de Luc Besson.

Mais Didier Farré n’est pas que distributeur et producteur. Il touche de près à la création cinématographique en tant que scénariste de films de fiction, documentariste ou même, à l’occasion, acteur.

Il est aussi un grand amoureux du cinéma québécois, le FFO servant avant tout pour lui à la promotion du cinéma d’ici. Parmi les cinéastes de la nouvelle génération, il affectionne particulièrement Ken Scott, Denis Villeneuve et Rafaël Ouellet. 

L’Outaouais l’attire en raison d’un grand déficit de cinéma francophone. À son arrivée à Gatineau, seulement quatre salles de cinéma fonctionnent, toutes contrôlées par Famous Players qui souhaite projeter de manière presque exclusive du cinéma américain et cède difficilement de l’espace pour d’autres productions cinématographiques. En quête d’indépendance dans la diffusion, Didier Farré fait l’acquisition du Cinéma 9 à Gatineau. 

 

Deuxième, de droite, entouré de gens de l'industrie cinématographique.

« Avec tout cet engrenage du cinéma formaté autant dans sa production que dans sa distribution, dit Didier Farré, le public est, en fait, laissé à l’abandon car ce type de cinéma ne se préoccupe pas vraiment de la diversité. Les jeunes de l’Outaouais préfèrent le cinéma américain car la plupart n’ont jamais goûté à autre chose. C’est important, ajoute le directeur du FFO, de développer leurs préférences quant aux différents styles de mise en scène, esthétiques visuelles et constructions narratives ».

Dommage seulement, conclut-il avec une note de regret, que des subventions gouvernementales plus substantielles ne viennent pas appuyer cet évènement important dans le paysage culturel de la région.

Mais, si le support financier manque en partie, les cinéphiles de l’Outaouais sont de plus en plus nombreux à remplir pendant toute une semaine les salles du FFO!

Souhaitons longue vie au FFO et bonne chance à Didier Farré et à son admirable équipe pour la tenue de la 15e édition du Festival!

 


Texte de Victoria Raileanu.

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